Fatigué, il remit cette question à plus tard. Il dîna, envoya un billet doux à Lina, se coucha et s'endormit de suite.
Le rêve qui le prit peu avant son réveil différait par bien des points du cauchemar habituel mais il sut que les éléments récurrents lui indiquaient l'influence de la zébusphère. Il se retrouvait dans une savane de dessin animé silencieuse, il y avait bien un sorcier et personne d'autre.
Ce qui changeait, c'était vraiment tous les autres détails, à tel point que ce ne n'était vraiment plus le même rêve : il était vêtu et déjà, en soi, cela le réconfortait. Il portait une machette dans un fourreau à la ceinture. Le sorcier ne braquait pas sur lui un regard de braises ardentes mais de vrais yeux bruns-noirs bienveillants. À son réveil Thomas ne saurait plus s'il s'agissait d'un enfant-sorcier ou bien d'un adulte de petite taille, un pygmée ? En tout cas il n'avait plus rien à voir avec la brute équipée d'une pique et de crânes. Seuls les colifichets à plumes demeuraient. Au lieu de se saisir de lui, le sorcier lui prit la machette délicatement et poliment. En un instant, avec un peu de fumée rouge et bleue étincelante, la machette se désintégra dans la main du sorcier. Puis il lui fit signe de le suivre et, alors qu'il faisait plein jour, lui donna une lanterne que Thomas porta tout du long comme s'il s'éclairait, ainsi que le lui avait montré le sorcier. Ils traversèrent un décor monotone jusqu'à se trouver, sans préavis, devant une hutte d'environ trois mètres de diamètre. Le sorcier le fit entrer et pénétra à sa suite. À l'intérieur il n'y avait aucune source de lumière et la lanterne, que Thomas déposa au centre, fut bienvenue pour dissiper à peine les ténèbres. Ils s'assirent face à face, chacun sur un petit tabouret de bois et de fibres. Le sorcier eut l'air de s'installer pour méditer. Intrigué, Thomas fit de même et eut l'impression de s'endormir.
Il vit, alors que la hutte, la lanterne et le sorcier disparaissaient progressivement, venir à lui une femme de grande taille, brune ou blonde, à la peau claire ou foncée, il ne le sut plus par la suite. Elle s'installa face à lui et donna le biberon à un lion adulte miniature. Le lion ronronnait.
Puis il se retrouva dans la hutte face au sorcier. Celui-ci sortit de la hutte. Ce ne fut qu'après son départ que Thomas aperçut un petit bout de papier sur le tabouret. Il se pencha pour le prendre, et eut juste le temps d'apercevoir ce que c'était avant de se réveiller.
Le bout de papier ressemblait à une carte à jouer, par la taille et par la forme. Mais il n'y avait que deux chiffres romains dessus, pas d'image, juste « XI ». Ou bien s'agissait-il d'une croix et d'un trait ? Mais Thomas avait déjà sa petite idée.
Il n'avait même pas besoin de chercher loin. Dès que fut dissipée la confusion du sommeil, il alluma son Armscreen. Il chercha « tarot XI » et ne fut pas surpris de retrouver la lame majeure numéro onze, dite « La Force », la femme qui tient un petit lion par la bouche. Il venait d'en voir une curieuse incarnation dans son rêve.
Ce matin-là, il ne prit pas son médicament. Il voulait voir ce que ça allait donner mais ne réfléchissait pas plus avant. Cela lui donna des vertiges, ça oui. Ce médicament agissait sur le cerveau et forcément il y aurait des effets de sevrage. Mais il put assurer son travail sans encombre.
Le soir il retrouva Lina et ils discutèrent longuement de tout cela. Elle lui confirma que son rêve contenait des allusions flagrantes à certaines des cartes qu'elle lui avait tirées : lui, le valet d'épée, se faisait retirer sa machette puis portait la lanterne en plein jour comme l'Hermite. La zébusphère et son cerveau plus élaboré parlaient là un langage commun, elle lui indiquait qu'elle avait bien assimilé le vocabulaire des tarots et elle puisait les éléments utiles à leur « conversation » dans le souvenir de la fameuse soirée d'octobre où il avait réussi à rencontrer à la fois Lina et Vannakken !
Le sorcier et l'enfant du « rêve au Vacarme » étaient une même instance : la zébusphère elle-même, bien sûr. La femme au lion, la Force, c'était l'envie de contrôler les choses effrayantes, avec une double lecture : le contrôle raisonné de la terreur paralysante, et la préservation de la part animale domesticable qui s'y trouvait. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que la zébusphère voulait que l'on sauve la nature, et qu'on la sauve elle-même par la même occasion.
Ce langage commun ne suffirait toutefois pas à apaiser la zébusphère. Le professeur avait raison : il fallait lui apprendre à dépasser sa tristesse et sa peur et pour cela il fallait des arguments solides. En plus, elle devrait peut-être aussi apprendre à rejoindre le reste de l'esprit de Thomas, et cela impliquait certainement la perte de son individualité. Cela allait prendre beaucoup de temps. Thomas ne savait pas comment commencer. Il cherchait encore « l'huile ».
Le rêve qui le prit peu avant son réveil différait par bien des points du cauchemar habituel mais il sut que les éléments récurrents lui indiquaient l'influence de la zébusphère. Il se retrouvait dans une savane de dessin animé silencieuse, il y avait bien un sorcier et personne d'autre.
Ce qui changeait, c'était vraiment tous les autres détails, à tel point que ce ne n'était vraiment plus le même rêve : il était vêtu et déjà, en soi, cela le réconfortait. Il portait une machette dans un fourreau à la ceinture. Le sorcier ne braquait pas sur lui un regard de braises ardentes mais de vrais yeux bruns-noirs bienveillants. À son réveil Thomas ne saurait plus s'il s'agissait d'un enfant-sorcier ou bien d'un adulte de petite taille, un pygmée ? En tout cas il n'avait plus rien à voir avec la brute équipée d'une pique et de crânes. Seuls les colifichets à plumes demeuraient. Au lieu de se saisir de lui, le sorcier lui prit la machette délicatement et poliment. En un instant, avec un peu de fumée rouge et bleue étincelante, la machette se désintégra dans la main du sorcier. Puis il lui fit signe de le suivre et, alors qu'il faisait plein jour, lui donna une lanterne que Thomas porta tout du long comme s'il s'éclairait, ainsi que le lui avait montré le sorcier. Ils traversèrent un décor monotone jusqu'à se trouver, sans préavis, devant une hutte d'environ trois mètres de diamètre. Le sorcier le fit entrer et pénétra à sa suite. À l'intérieur il n'y avait aucune source de lumière et la lanterne, que Thomas déposa au centre, fut bienvenue pour dissiper à peine les ténèbres. Ils s'assirent face à face, chacun sur un petit tabouret de bois et de fibres. Le sorcier eut l'air de s'installer pour méditer. Intrigué, Thomas fit de même et eut l'impression de s'endormir.
Il vit, alors que la hutte, la lanterne et le sorcier disparaissaient progressivement, venir à lui une femme de grande taille, brune ou blonde, à la peau claire ou foncée, il ne le sut plus par la suite. Elle s'installa face à lui et donna le biberon à un lion adulte miniature. Le lion ronronnait.
Puis il se retrouva dans la hutte face au sorcier. Celui-ci sortit de la hutte. Ce ne fut qu'après son départ que Thomas aperçut un petit bout de papier sur le tabouret. Il se pencha pour le prendre, et eut juste le temps d'apercevoir ce que c'était avant de se réveiller.
Le bout de papier ressemblait à une carte à jouer, par la taille et par la forme. Mais il n'y avait que deux chiffres romains dessus, pas d'image, juste « XI ». Ou bien s'agissait-il d'une croix et d'un trait ? Mais Thomas avait déjà sa petite idée.
Il n'avait même pas besoin de chercher loin. Dès que fut dissipée la confusion du sommeil, il alluma son Armscreen. Il chercha « tarot XI » et ne fut pas surpris de retrouver la lame majeure numéro onze, dite « La Force », la femme qui tient un petit lion par la bouche. Il venait d'en voir une curieuse incarnation dans son rêve.
Ce matin-là, il ne prit pas son médicament. Il voulait voir ce que ça allait donner mais ne réfléchissait pas plus avant. Cela lui donna des vertiges, ça oui. Ce médicament agissait sur le cerveau et forcément il y aurait des effets de sevrage. Mais il put assurer son travail sans encombre.
Le soir il retrouva Lina et ils discutèrent longuement de tout cela. Elle lui confirma que son rêve contenait des allusions flagrantes à certaines des cartes qu'elle lui avait tirées : lui, le valet d'épée, se faisait retirer sa machette puis portait la lanterne en plein jour comme l'Hermite. La zébusphère et son cerveau plus élaboré parlaient là un langage commun, elle lui indiquait qu'elle avait bien assimilé le vocabulaire des tarots et elle puisait les éléments utiles à leur « conversation » dans le souvenir de la fameuse soirée d'octobre où il avait réussi à rencontrer à la fois Lina et Vannakken !
Le sorcier et l'enfant du « rêve au Vacarme » étaient une même instance : la zébusphère elle-même, bien sûr. La femme au lion, la Force, c'était l'envie de contrôler les choses effrayantes, avec une double lecture : le contrôle raisonné de la terreur paralysante, et la préservation de la part animale domesticable qui s'y trouvait. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que la zébusphère voulait que l'on sauve la nature, et qu'on la sauve elle-même par la même occasion.
Ce langage commun ne suffirait toutefois pas à apaiser la zébusphère. Le professeur avait raison : il fallait lui apprendre à dépasser sa tristesse et sa peur et pour cela il fallait des arguments solides. En plus, elle devrait peut-être aussi apprendre à rejoindre le reste de l'esprit de Thomas, et cela impliquait certainement la perte de son individualité. Cela allait prendre beaucoup de temps. Thomas ne savait pas comment commencer. Il cherchait encore « l'huile ».

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