18.3.12

Eléphanthôme - 40

- C'est marrant, ça, remarqua Thomas. Tu veux utiliser un système complètement aléatoire ? Ou alors le tirage est programmé d'avance ?
- Eh oui, je vais utiliser un système complètement aléatoire, et sans tricher. Tu sais, piocher des cartes réelles ou des cartes virtuelles, c'est pareil, du moment qu'on ne triche pas.
- Bon bon bon. Que dois-je faire ?
- Je te les présente de dos, voilà. Il y a les seize figures (rois, dames, cavaliers et valets) et les vingt-deux lames majeures du jeu de tarot de Marseille classique. Je clique sur mon Armscreen pour les mélanger. Tu as entendu le bruit « flouf » ? C'est fait. Maintenant, tu vas m'indiquer trois cartes, une par une.
- Je dois me concentrer ? Penser à quelque chose en particulier ?
- C'est toi qui vois. On dit que c'est mieux. Prends ton temps.
- Okaïe.
Thomas pensa à ses peluches et au mot Antarès. Il désigna ensuite à tour de rôle trois cartes. Deux étaient voisines, sur la gauche, la troisième se trouvait presque au milieu.
- Voici ton tirage, dit Lina en manipulant avec beaucoup de professionnalisme sa petite application. On a : la Roue de Fortune, le Cavalier de Bâton, le Bateleur. Elle agrandit les trois images.
- La Roue de Fortune ? C'est bon signe, non ?
- Pas nécessairement : comme tu vois la roue est bloquée par des animaux qui sont installés dans sa sante et dans ses rayons, et en plus on ne voit pas dans quel sens elle pourrait tourner. Mais le plus intéressant, je trouve, c'est l'espèce de chien bleu installé au-dessus : il est couronné et il tient une épée.
- Oui, comme le Valet d'Epée... Et ses espèces d'ailes rouges me font penser à un rideau, comme le rideau de mes rêves bizarres. C'est la première que j'ai choisie ?
- Oui.
- Ah bah ça me paraît logique.
- Eh ! Tu vois : pas besoin de tricher. Ensuite tu as tiré le Cavalier de Bâton.
- Classieux ! Il a quelque chose qui me rappelle euh... Je ne sais plus.
- C'est peut-être qu'il porte presque le même chapeau que la Force.
- Ah ! Oui, c'est ça ! Il y a une raison pour ça ?
- Probablement, et puis si pour toi il y a un lien, c'est ça qui compte.
- Mais quel lien ?
- Il y a cette forme de symbole infini, comme un 8 couché : l'idée d'un travail de longue haleine, un travail qui se joue au niveau de la tête. À part ça, le cheval du Cavalier porte un manteau couleur chair alors que son cavalier porte un vêtement militaire multicolore : il y a l'idée d'un soutien humain et d'un personnage qui vient, de façon dynamique, apporter son énergie. Le bâton signifie qu'il t'aide en te secouant un peu.
- Oh, ça commence à prendre forme !
- Et la troisième carte, le Bateleur, c'est un personnage énergique aussi, le genre qui se déplace souvent. Tu noteras qu'il porte presque le même costume que le Cavalier, en civil. On peut penser que cela fait référence à la même personne, mais vue sous un autre angle.
- Après tout, bateleur et bâton, ça commence un peu pareil.
- Euh oui, pourquoi pas ? Il y a eutre chose : le Bateleur est censé être une personne à multiples facettes, généralement légère et taquine comme un camelot, qui peu être profonde à d'autres moments. Tu noteras que sur sa table, parmi d'autres babioles mais bien au milieu, il y a deux petits couteaux, un bleu et un blanc. Il accompagne bien, dans ce cas, le Valet d'Epée.
- La table est couleur chair également, comme le cheval du Cavalier.
- Oui. Décidément c'est le même personnage, sympathique, tonique, itinérant et qui peut t'aider.
- Coolax. Alors il faut que j'appelle Matthieu.

Thomas expliqua à Lina qui était Matthieu. Elle l'encouragea à contacter celui qui l'avait nommé Éléphanthôme pour la première fois. Son intuition lui soufflait que c'était une bonne idée.

Lorsque Thomas contacta Matthieu, il fut malheureusement moins bien reçu qu'il pouvait s'y attendre, mais vu les circonstances, il comprenait l'énervement de son camarade :
- Salut Matthieu, c'est Thomas.
- Ah ! Éléphanthôme, bonjour ! On est un peu en stress, là. Cette nuit, quand nous rentrions de chez toi, nous avons reçu un message de la compagnie aérienne. En gros là, c'est le bazar total, on est à l'aéroport parce qu'il y a un vague minuscule espoir de partir pour Nairobi. Raphaëlle s'est absentée, je sais pas où elle est, et il y a un appel pour l'embarquement. Je te rappellerai, hein.
- Okaïe, bonne chance ! Quand tu seras dans l'avion, je te demande juste un petit service : est-ce que le mot Antarès aurait un sens pour toi ? En rapport avec l'Afrique ?
- Eh, Éléphanthôme, décroche un peu, vis dans la vraie vie ! Excuse-moi mais je penserai à ça quand je pourrai y penser oui. Allez, atchao !
Il avait déjà raccroché quand Thomas murmura un petit « Salut » penaud.

Il vit alors une antilope traverser son studio en bondissant. Il donna un énorme coup de pied dans son canapé, en hurlant... en hurlant des choses tout à fait irreproductibles ici.

Aucun commentaire: