11.3.12

Eléphanthôme - 36

Ils reprirent l'ensemble du film par acquit de conscience, en essayant des modes d'affichages sensoriels différents et le ralenti. Le rêve de l'homme à qui manquait un côté de corps ne contenait aucun message masqué, il disait tout en une fois.
La forme jaune et grande qui se collait à Thomas exprimait un peu plus. L'appareil la signalait comme étant chaude; cependant elle sentait « le savon ». Elle était trop proche pour être nette, l'image ne put être améliorée en '1 eye' que pour le contexte, qui avait paru neutre et sombre, et qui était en réalité (enfin... façon de parler!) de métal, de goudron et de béton, toutes trois matières altérées, sales et déprimantes, et cela tout autour du rêveur, sans échappatoire. Cela lui rappela bien sûr son cauchemar au sorcier.

Puis ils laissèrent la machine pour retourner dans le bureau de Vannakken. Celui-ci rangea la clé USB dans un petit coffre-fort encastré dans un joli coffret en bois laqué coréen ou japonais.
Le professeur fit le bilan avec Thomas, plus pour l'aider à évacuer le stress de l'expérience que pour discuter de ce qui était assez clair pour tous les deux.
Ce qui leur semblait clair, c'était que dans son enfance Thomas avait dû assister ou participer à un fait animalier exotique, ou le lire dans un album, ou l'entendre raconter. Le livre rouge vif lié au mot Antarės, demeurait mystérieux pour l'instant: métaphore ou livre existant 'pour de vrai', en tout cas il avait frappé non seulement l'imagination principale de l'enfant, mais aussi la zébusphère, lobe beaucoup plus rudimentaire et plus polyvalent à la fois que les autres parties de son cerveau. La zébusphère n'avait rien trouvé de mieux que de se crisper sur ces impressions et d'en faire en quelque sorte sa spécialité. Elle préférait l'Afrique des livres d'images au monde industriel et effrayant où vivait Thomas, et dans des tentatives vaines d'autonomisation elle le lui faisait savoir à sa façon aussi souvent sans doute que le lui permettait le fonctionnement cérébral normal autour d'elle.
Il fallait donc déterminer d'une part si la zébusphère pouvait se libérer de ses schémas animaliers, d'autre part si on pouvait fermer les brèches par lesquelles elle faisait passer ses messages, au moins quand Thomas était éveillé. Le professeur promit d'y réfléchir.
Ils se quittèrent vers dix-sept heures trente.

Thomas regarda sa messagerie. Mathieu lui disait qu'ils apportaient le vin, Lina lui avait envoyé un très court texto très... très, très !...
Mais il n'avait pas de nouvelles de Philomène. Il faillit l'appeler, re-faillit l'appeler cinq minutes plus tard. Enfin il se ravisa complètement: si elle avait déniché quelque chose elle le lui aurait fait savoir à coup sûr. Après tout il était temps qu'il marque une pause.
Il fit quelques courses, une courte sieste, prit une douche et se prépara à accueillir ses amis.
Il avait l'impression d'avoir oublié de dire ou de faire quelque chose.

Vers vingt heures il ouvrit sa porte à une bouteille de Bordeaux suivie d'un sémillant zygomatigoto et d'une pimpante rousse aux yeux taquins. Comme six jours auparavant ils parlèrent de tout. Les deux humanitaires ne désespéraient pas et comptaient bien obtenir un vol pour l'Afrique d'ici deux-trois jours; les grévistes commençaient à fléchir.
Raphaëlle finit par lui demander s'il avait pris contact avec le professeur Vannakken.
- Eh oui ! Et figure-toi que je te suis doublement redevable, répondit-il.
Il leur exposa ses découvertes de la semaine écoulée - sans toutefois évoquer la plus blonde de ses découvertes: Philomène le tannerait déjà bien assez sur ce sujet délicat! Il parla de Jojo, de la Big Boxss et du dreamcatcher.
- Grâce à toi, Vannakken a pu être sûr de l'efficacité de ses machines, et moi j'ai eu affaire à lui, et je suis convaincu de voir le bout de mes peines !
- Ah! N'est-ce pas qu'elle est merveilleuse ma copine, hein Eléphanthôme ?
- Je n'en ai jamais dout... Il se figea.
- Thomas ? Matt, je t'ai dit d'arrêter avec ce surnom !
- Non, ce n'est rien, Raphaëlle, je viens juste de trouver ce que j'ai oublié de signaler au professeur.

1 commentaire:

Brigetoun a dit…

faudrait que je trouve le temps de lire tout et à partir du 1 à comprends/comprends pas - pas sans charme d'ailleurs