Ils
reprirent l'ensemble du film par acquit de conscience, en essayant
des modes d'affichages sensoriels différents et le ralenti. Le rêve
de l'homme à qui manquait un côté de corps ne contenait aucun
message masqué, il disait tout en une fois.
La
forme jaune et grande qui se collait à Thomas exprimait un peu plus.
L'appareil la signalait comme étant chaude; cependant
elle sentait « le savon ». Elle était trop proche pour être
nette, l'image ne put être améliorée en '1 eye' que pour
le contexte, qui avait paru neutre et sombre, et qui était en
réalité (enfin... façon de parler!) de métal, de goudron et de
béton, toutes trois matières altérées, sales et déprimantes, et
cela tout autour du rêveur, sans échappatoire. Cela lui rappela
bien sûr son cauchemar au sorcier.
Puis
ils laissèrent la machine pour retourner dans le bureau de
Vannakken. Celui-ci rangea la clé USB dans un petit coffre-fort
encastré dans un joli coffret en bois laqué coréen ou japonais.
Le
professeur fit le bilan avec Thomas, plus pour l'aider à évacuer le
stress de l'expérience que pour discuter de ce qui était assez
clair pour tous les deux.
Ce
qui leur semblait clair, c'était que dans son enfance Thomas avait
dû assister ou participer à un fait animalier exotique, ou le lire
dans un album, ou l'entendre raconter. Le livre rouge vif lié au mot
Antarės, demeurait mystérieux pour l'instant: métaphore ou livre
existant 'pour de vrai', en tout cas il avait frappé non
seulement l'imagination principale de l'enfant, mais
aussi la zébusphère, lobe beaucoup plus rudimentaire et plus
polyvalent à la fois que les autres parties de son cerveau. La
zébusphère n'avait rien trouvé de mieux que de se crisper sur ces
impressions et d'en faire en quelque sorte sa spécialité. Elle
préférait l'Afrique des livres d'images au monde industriel et
effrayant où vivait Thomas, et dans des tentatives vaines
d'autonomisation elle le lui faisait savoir à sa façon aussi
souvent sans doute que le lui permettait le fonctionnement
cérébral normal autour d'elle.
Il
fallait donc déterminer d'une part si la zébusphère pouvait se
libérer de ses schémas animaliers, d'autre part si on pouvait
fermer les brèches par lesquelles elle faisait passer ses messages,
au moins quand Thomas était éveillé. Le professeur promit d'y
réfléchir.
Ils
se quittèrent vers dix-sept heures trente.
Thomas
regarda sa messagerie. Mathieu lui disait qu'ils apportaient le vin,
Lina lui avait envoyé un très court texto très... très, très !...
Mais
il n'avait pas de nouvelles de Philomène. Il faillit l'appeler,
re-faillit l'appeler cinq minutes plus tard. Enfin il se ravisa
complètement: si elle avait déniché quelque chose elle le lui
aurait fait savoir à coup sûr. Après tout il était temps qu'il
marque une pause.
Il
fit quelques courses, une courte sieste, prit une douche et se
prépara à accueillir ses amis.
Il
avait l'impression d'avoir oublié de dire ou de faire quelque chose.
Vers
vingt heures il ouvrit sa porte à une bouteille de Bordeaux suivie
d'un sémillant zygomatigoto et d'une pimpante rousse aux yeux
taquins. Comme six jours auparavant ils parlèrent de tout. Les deux
humanitaires ne désespéraient pas et comptaient bien obtenir un vol
pour l'Afrique d'ici deux-trois jours; les grévistes commençaient à
fléchir.
Raphaëlle
finit par lui demander s'il avait pris contact avec le professeur
Vannakken.
-
Eh oui ! Et figure-toi que je te suis doublement redevable,
répondit-il.
Il
leur exposa ses découvertes de la semaine écoulée - sans toutefois
évoquer la plus blonde de ses découvertes: Philomène le tannerait
déjà bien assez sur ce sujet délicat! Il parla de Jojo, de la Big
Boxss et du dreamcatcher.
-
Grâce à toi, Vannakken a pu être sûr de l'efficacité de ses
machines, et moi j'ai eu affaire à lui, et je suis convaincu de voir
le bout de mes peines !
-
Ah! N'est-ce pas qu'elle est merveilleuse ma copine, hein
Eléphanthôme ?
-
Je n'en ai jamais dout... Il se figea.
-
Thomas ? Matt, je t'ai dit d'arrêter avec ce surnom !
-
Non, ce n'est rien, Raphaëlle, je viens juste de trouver ce que j'ai
oublié de signaler au professeur.

1 commentaire:
faudrait que je trouve le temps de lire tout et à partir du 1 à comprends/comprends pas - pas sans charme d'ailleurs
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