- Bon, alors je vais vous dresser la liste des actions possibles, et vous verrez en fonction, dit le professeur en s'installant au fond de son fauteuil. J'en vois quatre. Premièrement, l'ablation. Attention : c'est très périlleux, la zébusphère est reliée à trop de choses pour que vous ne risquiez pas d'y perdre des capacités, des souvenirs, et de toute façon ce serait l'amputation d'une partie de vous-même. Je n'arrive pas à vous présenter cette éventualité sans parti pris, mais comme je vous l'ai déjà dit : pourquoi prendre de tels risques alors que votre vie n'est pas en danger ? Thomas hocha la tête, intrigué par la suite. - Deuxièmement, vous pouvez accepter de ne rien changer, de vous faire une raison. Ce n'est pas inenvisageable mais il faut admettre que non seulement ce n'est pas confortable d'entendre des barrissements inopinés, mais qu'en plus votre zébusphère, pendant ce temps, est en souffrance permanente toute seule dans son "coin". Je pense que sans en être pleinement conscient, c'est ça que vous percevez et qui vous dérange, plutôt que les rêves éveillés. - Troisièmement, enchaîna-t-il, je peux vous administrer un traitement médicamenteux qui bloquera l'activité onirique de votre cerveau dans son entier. Il n'est pas possible de n'en viser qu'un secteur. Vous le prendriez le matin pour ne pas rêver pendant toute la journée, cela empêcherait donc les hallucinations africaines et réalignerait le cycle de sommeil de la zébusphère sur celui du reste de votre cerveau. Cette synchronisation ferait sans doute du bien à la zébusphère mais ne résoudrait pas tous ses problèmes. Il y a cependant le risque inverse : si elle ne peut pas dormir pendant votre veille elle devra affronter la réalité de votre environnement. Je subodore que ses sommeils décalés sont une fuite hors de cette réalité effrayante pour elle, vous aussi n'est-ce pas ? Thomas ne put qu'acquiescer. - Quatrièmement enfin, un chemin réaliste mais très long : essayer de négocier avec la zébusphère. - Négocier ? Pourtant vous semblez dire qu'elle n'a pas de volonté propre ? - En effet, elle ne pense pas, au sens strict. Ça, c'est du ressort d'autres aires. Vous avez raison, "négocier" n'est pas adéquat. Disons alors qu'il faut la rassurer et l'ouvrir à la réalité. La zébusphère est une zone d'émotion et de sensorialité. Si on arrive à lui montrer qu'elle peut admettre dans son champ de vision à la fois sa "méningerie" comme vous dites ET le monde actuel existant autour de vous, elle s'apaisera et, peut-être en disparaissant, peut-être pas, elle dissipera de toute façon cette tension qu'elle maintient en vous. - Oui mais là c'est très vague, ce que vous proposez. - Attendez, je vais vous dire comment je vois ça. Il s'agirait de recourir à l'hypnose. - Comme dans les films ! - Oui... Sauf que ça ne fonctionnera pas du premier coup, il faut voir les choses en face. Imaginez ça : vous débarquez sans prévenir chez un être replié sur lui-même malgré sa cabane transparente qui lui permet de tout voir d'un univers horrible. Vous lui dites que tout va bien se passer, qu'il peut lâcher ses doudous, regarder dehors et arrêter de crier. C'est comme un tout petit enfant qui ne saura jamais parler, jamais analyser, et en plus il faut qu'il accepte de fusionner avec sa cabane! Non, ça ne se passera pas aussi efficacement que les séances d'hypnose dans les séries B, ça c'est certain. Thomas avala sa salive. Il ne se sentait pas très bien. Le professeur lui apporta un verre d'eau. - Je vois que je vous ai inquiété, pardonnez-moi. N'oubliez pas que but est que vous alliez mieux et je maintiens que hormis l'ablation, tout le reste est faisable. Vous êtes un garçon en parfaite santé - quoique vous devriez sans doute prendre davantage l'air, faire de l'exercice et surtout vous détendre. Vous verrez que cette découverte de vous-même vous enrichira. - Moui. - En tout cas, quelle que soit votre décision, je ferai de mon mieux pour vous aider. Je suis convaincu que votre recherche d'Antarès, qui est bien avancée, va vous fournir la clé, ou une des clés, pour comprendre le comportement de la zébusphère. Tenez bon, d'accord ? - Oui... Oui. Il faut aussi que je trouve du boulot, donc je dois garder le cap, oui. Mais pfouuu !...
Le professeur réfléchit puis regarda Thomas droit dans les yeux.
- Ecoutez, nous n'en avons pas parlé beaucoup, mais pour ce qui est des frais, je peux me débrouiller. Si j'inscris votre cas en tant que sujet d'étude principal du centre pour l'année universitaire 2017-2018, vous n'aurez rien d'autre à payer que votre passage par la Big Boxss de la semaine dernière. Evidemment, en contre-partie, et c'est bien normal, il faudra que je communique sur vous mais vous resterez anonyme. J'ai dit que je ne le ferais pas, mais je ferai en sorte qu'on vous importune le moins possible, et manifestement il y a un travail de longue haleine devant nous, et il faut qu'il se fasse dans de bonnes conditions. Je pense que le dossier sera forcément agréé par l'Université. Donc adjugé ? - Ben... C'est très gentil. Oui, adjugé. - Donc si vous me permettez un conseil : soufflez un peu, enquêtez si vous voulez mais laissez le temps vous aider à décider. Thomas rentra chez lui en tournant et retournant les quatre solutions dans sa tête. C'est alors qu'il manqua de se faire renverser par une grosse moto en se laissant surprendre par un cri de singe. C'est alors qu'il opta pour le médicament.

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