Lorsqu'il rentra chez lui il s'allongea vingt minutes. Il était un peu sonné par l'entretien du matin et par le vacarme de la moto, qu'il avait gardé dans les oreilles, comme collé à elles.
Ensuite il se fit à manger, répondit à Matthieu et lut une revue littéraire à laquelle il était abonné, histoire de se changer les idées.
Puis il fouilla cinq minutes le Web en quête d'Antarès et se découragea très vite. Il faut dire que la grosse étoile avait inspiré des dizaines, ou même des centaines de créateurs d'entreprises, depuis les fabricants de chauffe-eaux à gaz jusqu'aux professionnels de l'aérospatiale, du tourisme...
Il laissa un message au professeur Vannakken, qui le rappela un peu plus tard. Thomas voulait commencer le traitement rapidement, donc le professeur lui dit de repasser au centre : Tove lui fournirait les comprimés pour la première semaine ainsi que toutes les explications nécessaires. Le professeur essaya toutefois de l'inciter à prendre plus de temps de réflexion. Mais rien ne changea la décision de Thomas.
Quand celui-ci passa au centre, Tove fut aux petits soins pour lui. Elle décrivit, en connaissance de cause, les effets secondaires. Ils n'étaient d'ailleurs pas très méchants. Elle lui dit aussi quelque chose sur la peur dont il se souvint bien plus tard seulement parce que sur le moment il était un peu nerveux et ne fit guère attention à ce qui lui sembla fumeux :
- Quand on craint d'avoir peur, c'est comme un noeud sur une corde dont on aura encore besoin : il ne faut ni serrer, ni s'agiter, ni couper. Il faut trouver un autre moyen.
Thomas lui demanda s'il pouvait commencer dès le lendemain matin malgré son entretien d'embauche. Il voulait savoir si les effets secondaires risquaient de perturber sa présentation. Cela ne posait pas de problème et il fut rassuré.
Il rentra chez lui, repassa sa plus belle chemise, réfléchit à ce qu'il dirait et à ce qu'on lui demanderait à l'entretien. Il se renseigna sur le CNLIE.
Le soir il mit beaucoup de temps à s'endormir.
Il ne décrocha pas l'emploi de secrétaire administratif, ni quelques autres qu'on lui proposa ensuite.
Dans ces semaines d'octobre de plus en plus grises, Thomas retrouva les sensations de ses années de collège : pas d'hallucinations... Mais des tas d'autres soucis et un moral en baisse.
Et puis la zébusphère lui imposa de plus en plus le cauchemar nocturne du sorcier, dont il s'échappait presque toujours comme la première fois. Il se sentait à bout, d'autant qu'une fois de temps en temps il oubliait d'arracher le décor-rideau et le sorcier le torturait.
Heureusement tout se passait bien avec Lina.
De plus, il obtint enfin un travail dans une librairie généraliste du quartier de l'Opéra, la bien nommée librairie Aux feuilles des tomes. Contrairement à ce qui s'était passé dans d'autres endroits de Paris, les Japonais n'avaient jamais vraiment quitté "leur" quartier. Donc Thomas allait pouvoir renseigner la clientèle en français, anglais et japonais, un atout assez courant mais toujours apprécié. Il commença le deux novembre.
Il revoyait le professeur une fois par semaine.
Ensuite il se fit à manger, répondit à Matthieu et lut une revue littéraire à laquelle il était abonné, histoire de se changer les idées.
Puis il fouilla cinq minutes le Web en quête d'Antarès et se découragea très vite. Il faut dire que la grosse étoile avait inspiré des dizaines, ou même des centaines de créateurs d'entreprises, depuis les fabricants de chauffe-eaux à gaz jusqu'aux professionnels de l'aérospatiale, du tourisme...
Il laissa un message au professeur Vannakken, qui le rappela un peu plus tard. Thomas voulait commencer le traitement rapidement, donc le professeur lui dit de repasser au centre : Tove lui fournirait les comprimés pour la première semaine ainsi que toutes les explications nécessaires. Le professeur essaya toutefois de l'inciter à prendre plus de temps de réflexion. Mais rien ne changea la décision de Thomas.
Quand celui-ci passa au centre, Tove fut aux petits soins pour lui. Elle décrivit, en connaissance de cause, les effets secondaires. Ils n'étaient d'ailleurs pas très méchants. Elle lui dit aussi quelque chose sur la peur dont il se souvint bien plus tard seulement parce que sur le moment il était un peu nerveux et ne fit guère attention à ce qui lui sembla fumeux :
- Quand on craint d'avoir peur, c'est comme un noeud sur une corde dont on aura encore besoin : il ne faut ni serrer, ni s'agiter, ni couper. Il faut trouver un autre moyen.
Thomas lui demanda s'il pouvait commencer dès le lendemain matin malgré son entretien d'embauche. Il voulait savoir si les effets secondaires risquaient de perturber sa présentation. Cela ne posait pas de problème et il fut rassuré.
Il rentra chez lui, repassa sa plus belle chemise, réfléchit à ce qu'il dirait et à ce qu'on lui demanderait à l'entretien. Il se renseigna sur le CNLIE.
Le soir il mit beaucoup de temps à s'endormir.
Il ne décrocha pas l'emploi de secrétaire administratif, ni quelques autres qu'on lui proposa ensuite.
Dans ces semaines d'octobre de plus en plus grises, Thomas retrouva les sensations de ses années de collège : pas d'hallucinations... Mais des tas d'autres soucis et un moral en baisse.
Et puis la zébusphère lui imposa de plus en plus le cauchemar nocturne du sorcier, dont il s'échappait presque toujours comme la première fois. Il se sentait à bout, d'autant qu'une fois de temps en temps il oubliait d'arracher le décor-rideau et le sorcier le torturait.
Heureusement tout se passait bien avec Lina.
De plus, il obtint enfin un travail dans une librairie généraliste du quartier de l'Opéra, la bien nommée librairie Aux feuilles des tomes. Contrairement à ce qui s'était passé dans d'autres endroits de Paris, les Japonais n'avaient jamais vraiment quitté "leur" quartier. Donc Thomas allait pouvoir renseigner la clientèle en français, anglais et japonais, un atout assez courant mais toujours apprécié. Il commença le deux novembre.
Il revoyait le professeur une fois par semaine.
Celui-ci s'inquiétait du cauchemar de Thomas et de son humeur qui s'assombrissait. Il commençait à admettre que la zébusphère se comportait un peu comme un
individu, en tout cas pour certains aspects : l'affect, l'équilibre émotionnel, la gestion du stress. Or empêcher un individu de rêver quand son cycle biologique le voulait, ou même l'empêcher de dormir, était très néfaste en soi. Donc la zébusphère se défendait
comme elle pouvait. Mais Thomas ne voulait pas entendre parler de ça et insistait sur le fait qu'au moins il était libéré de ses "parasites", un mot qu'il avait de subsister au "safarêve".
Thomas demanda un jour au professeur pourquoi la zébusphère l'avait laissé tranquille pendant son début d'adolescence. En fait, il espérait que Vannakken lui dise qu'il y avait une solution non chimique, qu'il suffirait de faire reproduire les circonstances particulières de ses années de collège rythme de sommeil, sport, nourriture, activités d'apprentissage, etc. Il fut déçu : selon Vannakken, c'étaient les perturbations hormonales, le stress typique de cet âge et la fatigue de la croissance qui avaient empêché la zébusphère de dormir, c'est-à-dire, paradoxalement, de s'exprimer en plein jour.
Le professeur reparla de l'hypnose, il suggéra même de l'employer en plus du traitement.
Thomas demanda un jour au professeur pourquoi la zébusphère l'avait laissé tranquille pendant son début d'adolescence. En fait, il espérait que Vannakken lui dise qu'il y avait une solution non chimique, qu'il suffirait de faire reproduire les circonstances particulières de ses années de collège rythme de sommeil, sport, nourriture, activités d'apprentissage, etc. Il fut déçu : selon Vannakken, c'étaient les perturbations hormonales, le stress typique de cet âge et la fatigue de la croissance qui avaient empêché la zébusphère de dormir, c'est-à-dire, paradoxalement, de s'exprimer en plein jour.
Le professeur reparla de l'hypnose, il suggéra même de l'employer en plus du traitement.
Thomas refusa.

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