Dans le corps du texte,
l'auteur ne consacrait finalement pas tant de place à l'entreprise
française Antares for life. Il indiquait bien 1994 comme année de
démarrage, et précisait que lorsqu'elle se trouva en difficulté en
2005 elle fut rachetée par une multinationale allemande. Comparée
aux plus célèbres, sa production avait toujours été modeste. Elle
n'avait existé que pour promouvoir et financer des actions
écologiques. Son siège social fut au départ installé à
Antananarivo, et c'était la seule raison pour laquelle elle
s'appelait Antares, tout simplement. L'index des illustrations, à la
fin du livre, renvoyait vers des pages web. Pour celle qui le
concernait, il n'y en avait qu'une, qu'il nota, puis il reprit son
travail.
Toute l'après-midi il
pensa à sa trouvaille. Aussi se précipita-t-il sur son ordinateur
dès son retour chez lui. L'adresse était celle d'un site web qui
dressait la liste des cotes de jouets de collection sur le marché.
Cela ne l'aidait pas spécialement. Il vit juste que la série de
peluches Antares for life commençait en 1994 avec un lémurien noir
et blanc, qu'il y avait aussi un gorille, un rhinocéros, une lionne,
une famille de crocodiles, etc. Il ouvrit le placard où il avait
rangé la corbeille de Philomène et en sortit le lion et
l'hippopotame. Il n'avait pas besoin de la girafe puisqu'elle était
d'une autre marque. Les étiquettes des deux peluches manquaient en
grande partie. Pourtant elles avaient dû être solides comme sur
tous les jouets de qualité. À bien y regarder, il constata qu'elles
avaient été retirées, coupées maladroitement. Sur le lion il en
restait encore environ trois millimètres, au ras de l'épaisse
« fourrure ». On y voyait le début d'un A et en dessous
le début d'un F. Thomas avait déjà compris qu'il s'agissait bien
de cette marque, cela ne fit que le lui confirmer. Plus intéressant,
au dos, il remarqua de fines lignes de texte en petits caractères,
dont, tout en bas, « rg ». C'était un peu court, mais il
fallait essayer.
Sur son ordinateur, il
chercha l'expression « Antares for life ». Il ne trouva
que d'autres pages de collectionneurs, de brocanteurs, sans autre
information utile. Il essaya également de saisir l'adresse
antaresforlife.org telle quelle, puis des variantes avec des points
intermédiaires, des tirets, mais n'aboutissait qu'à l'horripilante
erreur 404. Alors il se rappela l'astuce du professeur Vannakken,
ouvrit le site des Archives du Web et y réessaya les formules
d'adresse déjà testées. Il vit enfin une réponse après avoir
saisi http://www.antares_for_life.org. Il s'agissait une liste de
dates, étalées de 1997 à 2005. Chacune correspondait à une
modification de page dans le site. Un très vague souvenir, une
intuition à laquelle il accepta de se fier, le conduisit à cliquer
sur une des rares dates de la fin 1997.
Il s'afficha la page
d'accueil du site d'Antares tel qu'il était le huit décembre 1997.
C'était une page très rudimentaire, à la fois assez vide et très
peu sobre ! Cela dit, pour Thomas, l'esthétique ne comptait
pas, il voulait juste l'explorer en quête de ce petit quelque chose
qu'il sentait à portée et qui l'attendait depuis vingt ans. Au
centre, trois photos de groupes de peluches trônaient sous le
bandeau des rubriques du site, les classiques « Qui
sommes-nous ? », « Actualités »,
« Catalogue », « Points de vente », « Liens »
et « Mentions légales / Contacts ». Il cliqua sur
« Actualités ». Il n'y avait qu'une seule information.
Sur le fond orange, en gros caractères Verdana violets, se détachait
le titre « On parle de nous dans les médias ». En
dessous, une image très floue, une photo d'écran de télévision
présentant une vue de savane et le titre « Des espèces à
sauver » incrusté dessus. À côté, était écrit ceci :
« Diffusion
dimanche 17 août à 16h30 sur France 3 du documentaire 'Des espèces
à sauver' de J.-Cl. Flibot. Durée : 1 h.
Dans un récit sans
concession ni exagération, le documentariste Jean-Claude Flibot ('Un
sommet pour la Terre', Grand Prix du Festival FestiDoc de Marseille,
1993) montre l'ampleur du désastre qui affecte aujourd'hui la
biosphère : le braconnage, la pollution, le tourisme de masse,
les guerres détruisent chaque jour des pans entiers de l'avenir
biologique de l'Afrique. J.-Cl. Flibot rend hommage à ceux qui comme
les membres d'Antares for Life luttent au quotidien pour protéger
les espèces animales en voie d'extinction.
Avec une remarquable
intervention de notre présidente, Josiane Ferry-Verne. »
Voilà. C'était ça le
point de départ.
Oui, il avait une
« zébusphère » dans la tête. Elle aurait pu se
spécialiser joyeusement dans le hockey sur glace, la couleur verte,
la musique baroque allemande, la saveur du chocolat noir, le jeu de
quilles... Une petite boule d'émotion qui ne demandait qu'à
profiter de la vie.
Mais non, par hasard,
parce qu'à quatre ans le petit Thomas avait regardé un bout
d'émission de télé qu'il n'avait pas supporté, la zébusphère
avait ancré son destin sur un traumatisme d'enfance.

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