7.3.12

Eléphanthôme - 32

Thomas retira ses électrodes, alla chercher le professeur Vannakken , qui écoutait tranquillement de la musique calme dans son bureau, devant sa tablette électronique en mode « monitoring ». Le professeur n'était bien sûr pas surpris de l'arrivée de Thomas puisque sur son écran le pouls du jeune homme et les autres paramètres de vie s'étaient brutalement arrêtés, sans transition et donc sans inquiétude. Il lui dit qu'il aurait pu simplement appuyer sur le bouton rouge pour le faire venir.
- Je me suis dit qu'un peu de marche dans vos couloirs silencieux me ferait du bien.
- Je comprends. Comment vous sentez-vous ?
- Eh bien je suis un peu secoué, c'est sûr, mais sans plus. Il y a quelque chose qu'il faudra que je vous montre, et j'ai beaucoup de questions à vous poser.
- Bon, ce que nous pouvons faire, étant donné l'heure, c'est d'enregistrer votre sélection et puis d'aller manger. Vous êtes libre cet après-midi ?
- Oui, mais vous, professeur, on dirait que vous ne vous reposez jamais ?
- Oh là, ce matin, je n'ai rien fait d'autre que de vous accueillir et d'attendre de vos nouvelles, ce n'est pas contraignant. Je reconnais que votre histoire singulière m'intéresse à titre scientifique, mais j'ai aussi une raison plus personnelle. C'est vrai que pour d'autres personnes j'aurais sans doute pris le reste de mon samedi en repos.
- Vous voulez parler de votre soeur ?
- On ne peut rien vous cacher. Enfin, si, un petit peu quand même.
Il fit un sourire en coin à Thomas, et prit sur son bureau une clé USB et un clavier alphanumérique sans fil qu'il avait préparés. Ils se rendirent ensemble dans la petite pièce. Le professeur posa le clavier et enficha la clé sur le côté du boîtier du visualiseur de rêves. Il fit quelques manipulations à l'aide du clavier. Une boîte de dialogue s'afficha.
- Voilà, je vais vous demander de mettre un mot de passe sur ce fichier, un mot de passe que vous seul connaîtrez. Et vous le re-saisirez dans la case suivante. Comme cela, vous serez seul à pouvoir consulter ce document dans nos archives.
- Ne serait-il pas plus simple que j'emporte le fichier chez moi ?
- Franchement, c'est très déconseillé. Disposer de ce genre de « film » chez soi, c'est s'exposer à un risque psychologique assez inédit. Tant que l'onirologie ne sera pas maîtrisée sous tous ses angles psychologique, juridique, technique, éthique, je préfère procéder ainsi. Vous avez le code, nous avons le document. Comme ça il n'y aura pas d'abus. Croyez-moi, c'est mieux ainsi. Et puis il faudrait le logiciel pour lire ce format.
- D'accord.
- Alors allons manger, n'est-ce pas ? Vous pourrez être ici à quatorze heures trente ?
- Oui, professeur, sans problème. Mais puis-je vous poser juste une question ?
- Bien entendu.
- Peut-on rêver lorsqu'on est éveillé ?
- On peut rêver quand on se croit éveillé, c'est du somnambulisme. Vous avez trouvé des rêves enregistrés pendant une phase de vigilance ?
- J'en ai trouvé un, que j'ai fait alors que je prenais des notes sur toute cette histoire de safarêve. J'étais bien concentré, il me semble.
Le professeur blêmit, et c'était quelque chose de nouveau pour Thomas, qui jusque là l'avait trouvé plutôt impassible, parfois taquin certes, mais serein. Étonnant, dit-il. Décidément nous avons bien fait d'essayer l'attrape-rêve.

Aucun commentaire: